Discours de Mme la Ministre de l'Education nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche - lors de la signature de la convention avec l'ANMDA

Discours de Mme la Ministre de l'Education nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche - lors de la signature de la convention avec l'ANMDA

Discours du 16 juin 2016 - Journées nationales des MDA à Strasbourg

Mme Najat VALLAUD-BELKACEM et M. Patrick COTTIN

Discours de Madame la ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

Signature de la convention MENESR-ANMDA

Strasbourg, le 16 juin 2016

Seul le prononcé fait foi.

"Monsieur le président de l’Association Nationale des Maisons des Adolescents, cher Patrick COTTIN,

Madame la directrice de la Maison des Adolescents de Strasbourg, chère Delphine RIDEAU,

Mesdames et messieurs,

Chers amis,

Nous connaissons tous cet adage antique : « un esprit sain dans un corps sain ».

Oui, nous le connaissons bien. Nous sommes nombreux à le tenir pour un principe essentiel. Mais parfois, nous méconnaissons la complexité de cette formule, et celle des mots qu’elle convoque.

L’esprit, comme le corps, vous le savez bien, ne se résument pas aisément. Les dimensions qu’ils impliquent sont nombreuses : physiologiques, psychologiques, émotionnelles, sociales.

Le corps, ce n’est jamais simplement le corps : c’est la façon dont on le perçoit, dont on l’habite, dont on noue, à travers lui, des relations avec ce qui nous entoure.

L’esprit, ce n’est jamais simplement l’esprit : c’est la pensée, l’intellect, la raison, mais aussi des phénomènes chimiques, des évolutions hormonales et des connexions neuronales.

« Un esprit sain dans un corps sain » nous rappelle tout cela. Plus encore, cette formule crée, pour nous, des obligations, dans la façon dont nous envisageons nos élèves, et l’Ecole elle-même.

Nos élèves sont des personnes, avec une histoire, une sensibilité et une singularité dont nous devons tenir compte.

Alors bien sûr, il pourrait être tentant de se dire qu’à l’Ecole, seul compte l’esprit. Que le reste ne nous concerne pas. Mais nous savons bien que nos élèves ne sont pas de purs esprits. Leur transmettre des connaissances, les instruire et les éduquer est une tâche complexe, loin des clichés et des idées reçues que l’on entend parfois.

Oui, quand on entend certains parler de l’Ecole, on a le sentiment qu’ils l’envisagent comme un lieu où l’on se contente de remplir les têtes des élèves, comme s’il s’agissait de tiroirs.

A les entendre, tout est simple : dans le tiroir du dessus, on mettrait les fondamentaux ; dans celui du milieu, les connaissances et les compétences ; dans celui du bas, la culture. Et prenons bien soin de ménager au fond à droite un peu d’espace pour y tasser de la citoyenneté, tant qu’on y est. Avec une telle conception, on ne s’embarrasse plus d’interrogations autour de la personne, de l’individu, de sa singularité. Un élève est-il en échec, la raison est toute trouvée : il ne veut pas. Donc tant pis pour lui. Et tant pis s’il en souffre.

Pourquoi ne veut-il pas ?

Peut-on réellement résumer des difficultés à une affaire de volonté ?

Toutes ces questions disparaissent d’elles-mêmes, et sont considérées comme des arguties ou des symptômes d’une culture de l’excuse avec laquelle on voudrait rompre.

Oui, résumer l’élève à un tiroir est décidément bien pratique. Mais une telle image occulte précisément la spécificité de ce qui se joue à l’Ecole. Elle estompe la dimension profondément humaine et personnelle de chaque élève, depuis la maternelle jusqu’au lycée.

Une telle conception, si elle simplifie tout, ne résout rien. En particulier quand nos élèves entrent dans cette période singulière que l’on appelle l’adolescence.

Car s’il est une période où le corps, comme l’esprit, connaissent des changements considérables, c’est bien l’adolescence. L’Ecole doit forcément en tenir compte, si elle veut, tout simplement, assurer la mission qui est la sienne : former des individus instruits, éduqués, cultivés et autonomes. Mais aussi épanouis.

L’adolescence, nous le savons, est parfois attendue avec anxiété par les parents. Elle est redoutée et crainte.

« Au secours, mon enfant est un ado ! », est un cri bien connu.

Oui, cette période peut s’avérer douloureuse, comme le rappelait François Truffaut lorsqu’il disait : « L’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire. »

Alors, naturellement, je pense qu’on doit se garder de trop généraliser – à moins que je ne fasse simplement partie des adultes avec une mauvaise mémoire. Mais la spécificité de cette époque de la vie doit toujours être prise en compte, car, en son coeur, il y a une constante : c’est le changement. Et changer, dans quelque contexte que ce soit, n’est jamais facile, jamais évident.

Ce changement, considérable, nécessite, de notre part, une lucidité, un accompagnement et un soutien qui sont absolument indispensables. Cela nécessite de notre part une cohérence, entre tous les cadres de vie fréquentés par les adolescents.

Dans cette période de changements rapides et multiples, la coordination des regards, de la famille jusqu’à l’enseignant en passant par l’ensemble de la communauté éducative et par des structures comme celles des maisons des adolescents est essentielle.

L’Ecole, lieu de connaissance, est aussi un lieu de vie ; un lieu en somme, profondément, et viscéralement humain.

Signer cette convention avec les maisons des adolescents, c’est reconnaître cette réalité, dans toutes ses implications. C’est aussi permettre aux enseignants et à l’ensemble des personnels de mon ministère de mieux l’appréhender.

Et c’est un souci qui nous a guidés dans l’action que nous avons menée sur en matière de climat scolaire, par exemple, et qui toutes ont un objectif : tenir compte de la complexité de chaque individu, de chaque personne.

Nous sommes des êtres éminemment complexes, parfois contradictoires : c’est en unissant les perspectives de chacun, sans jamais sortir de nos coeurs de métiers, sans jamais donner à l’enseignant un rôle de psychologue, ou au psychologue un rôle de parent, que nous pourrons apporter à notre jeunesse le soutien dont elle peut avoir besoin.

Car que ces changements soient bien vécus ou mal vécus – ils existent. Ils existent et nous devons en tenir compte au sein de nos écoles. Comme nous devons, plus largement, être attentifs, au sein de nos établissements, à la santé, et plus largement au bien-être de nos élèves.

Dans ces domaines, toute passivité de notre part, tout renoncement, est, à mes yeux, assimilables à une non-assistance à une jeunesse en danger.

Cette convention, en favorisant notamment la formation continue commune de nos personnels et en croisant nos regards experts, nous permettra d’avoir, sur ce sujet, une vision plus spécifique, mieux informée, et surtout, qui instaurera une collaboration sans laquelle toute action sera nécessairement incomplète, et imparfaite.

Nous voyons déjà, dans de nombreux endroits, les bénéfices que nous tirons d’une meilleure coordination.

Je pense au rectorat de Nantes, qui dispose d’un comité de climat scolaire, et qui non seulement a mis en place une convention ARS-Rectorat mais travaille aussi en partenariat avec les Maisons des Adolescents pour les élèves en grande difficulté. Je tiens aussi à souligner son effort, avec la mobilisation du PIA Jeunesse avec la ville, pour former les professionnels de l’enfance.

Je pense aussi au dispositif de prévention des souffrances sur Poissy-Sartrouville en Ile-de-France, qui concerne 2 lycées, 4 collèges et trois écoles, ainsi qu’au partenariat avec la Maison des Adolescents dans les Hauts-de-Seine pour mieux prévenir les phobies scolaires.

Je pense enfin, sur l’ensemble de nos territoires, à toutes ces actions concertées qui n’ont qu’un seul objectif : le bien-être de nos élèves.

C’est pourquoi la gouvernance entre les rectorats et les services déconcentrés et régionaux du ministère de la Santé devra être consolidée.

Le bien-être des élèves suppose de notre part à toutes et à tous, d’ériger ensemble une école bienveillante.

Alors je connais les réactions, parfois démesurées, que peut susciter cet adjectif. Bienveillant. On le confond facilement avec le laxisme. On s’imagine que nous prônons un laisser-faire, un laisser-aller, quand ces termes désignent des attitudes qui n’ont absolument rien de bienveillantes.

La bienveillance est souvent caricaturée. Vouloir l’école bienveillante, ce n’est pas considérer avec un regard attendri des élèves qui saccageraient des salles de classe, en leur disant « C’est bien mes petits, exprimez-vous ».

Mais la bienveillance n’est pas un enjeu extérieur à l’Ecole. C’est en assurant le bien-être de nos élèves que nous serons en mesure de leur permettre de bien-devenir, au fil des changements qu’ils rencontreront entre leur première rentrée dans l’institution scolaire, et l’achèvement de leur scolarité.

Etre bienveillant, c’est, fondamentalement, "veiller bien. Être attentif. Etre vigilant.

Bien veiller, c’est être à même, et la convention que nous signons aujourd’hui facilitera cette démarche, de percevoir aussi les signes extérieurs de mal être le plus tôt possible.

Ces signes, vous le savez bien, ne sont pas toujours évidents. C’est bien pour cela que nous avons besoin de nous coordonner, et d’établir, avec l’ensemble des acteurs, de véritables réseaux. Les maisons des adolescents ont naturellement beaucoup à nous apporter dans ce domaine, et, en retour, nous pouvons aussi entretenir avec elles des dialogues féconds.

C’est en enrichissant nos perspectives, en croisant nos pratiques, en nourrissant nos réflexions, que nous pourrons avancer, ensemble, et apporter à la souffrance et au mal-être de certains élèves les réponses appropriées.

Et c’est d’ailleurs cette collaboration entre l’ensemble des acteurs qui est au centre de la mission qu’a souhaité confier le Président de la République à Marie-Rose MORO et Jean-Louis BRISON, en concertation avec la ministre de la santé, Marisol TOURAINE, le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des sports, Patrick KANNER, et moi-même.

Agir pour la jeunesse, ce n’est pas s’en faire une image idéalisée, mais c’est bien partir de la réalité de cette jeunesse, dans toutes ses dimensions. Et ce sont toutes ces dimensions, corps et esprit, que j’ai souhaité voir mieux prises en compte au coeur de nos établissements scolaires.

L’Ecole, de la maternelle au lycée, occupe une place à part dans la vie de notre jeunesse, elle doit assumer pleinement son rôle sur ces sujets.

Dans nos établissements scolaires passe l’immense majorité de notre jeunesse. Une jeunesse dont nous devons prendre soin.

Cela concerne naturellement l’instruction et l’éducation. Mais cela passe aussi par une action déterminée sur le plan de la santé – tant ce domaine reste encore très souvent au coeur de grandes inégalités.

Dès la loi de Refondation de l’Ecole, nous avons choisi de prendre en compte la question de la santé des jeunes. La coopération entre l’ensemble des personnels de l’Education nationale, dont je souhaite saluer le travail, sur les questions de protection et d’éducation à la santé a été renforcée. Les textes que nous avons publiés à l’automne confirment cette transversalité.

La mise en place du Parcours Educatif de Santé, qui entre en vigueur à la rentrée 2016, poursuit cette dynamique.

Les objectifs de ce parcours sont clairs : instaurer, tout au long de la scolarité de l’élève, l’acquisition de connaissances, de pratiques, qui lui permettront de comprendre, et davantage encore, de prendre lui-même en charge sa santé, plus tard, et celle de ses proches.

Cela passe à la fois par des enseignements, qui se déploient par exemple dans des cours, comme les sciences de la vie et de la terre ou l’éducation physique et sportive, ou dans des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires, mais aussi dans des actions de prévention et par la promotion d’une alimentation saine, d’un sommeil réparateur, plus globalement d’un respect de soi.

Il ne s’agit aucunement d’empiéter sur le rôle des parents et des familles. Mais de développer avec elles une relation complémentaire.

Ce sont des éléments dont nous savons aussi qu’ils ont un rôle déterminant dans les apprentissages de l’élève. Un élève qui se sent bien, apprend forcément mieux.

Nous devons être extrêmement attentifs sur ce point. Nous ne pouvons pas prendre le risque de confondre l’effort nécessaire que suppose tout travail, tout apprentissage, et la souffrance.

Oui, nous connaissons toutes et tous ces matins plus difficiles que les autres, où nous n’avions pas vraiment envie d’aller à l’école.

Oui, l’Ecole, implique aussi, dans le travail, dans l’engagement quotidien, des efforts. Et ce n’est pas toujours facile, ni pour les élèves, ni, plus généralement, pour l’ensemble des personnels.

Mais l’effort n’a rien à voir avec la souffrance. Celle-ci n’est pas forcément liée à ce qui se passe dans nos établissements. Elle a souvent des causes multiples. Elle est entraînée par différents facteurs. Mais elle peut aussi être nourrie par des évènements se déroulant en milieu scolaire, et je pense notamment aux situations de harcèlement, dont la gravité exige d’être sans cesse rappelée.

Devant la souffrance, notre devoir est clair : nous devons assister, accompagner et soutenir.

Voilà pourquoi nous avons conduit une véritable politique dans ce domaine qui s’appuie sur le climat scolaire – qui est une méthodologie d’ensemble qui a un seul but : le bien-être des élèves, condition essentielle de leur réussite.

Alors, en insistant sur ces dimensions, je ne souhaite absolument pas noircir le tableau.

Les différentes enquêtes menées sur ce sujet montrent que plus de 90% des écoliers ou des collégiens disent se sentir bien ou plutôt bien dans leurs établissements. Et je m’en félicite. Mais nous pouvons faire toujours davantage, et les événements dramatiques nous rappellent malheureusement que le harcèlement n’est pas une vue de l’esprit, mais un fléau qui fait encore, chaque année trop de victimes.

Là encore, je refuse de brandir l’Ecole comme un remède miracle. Les professionnels que vous êtes le savent bien : le remède miracle n’existe pas.

Mais je ne suis pas non plus de ceux qui pensent qu’il faut fermer les yeux et s’aveugler, et s’exonérer de toutes responsabilités sur ces questions.

Parce que l’école, qu’on le veuille ou non, est un lieu de vie, un lieu humain, et que cela évidemment implique de prendre en compte toutes les dimensions de cette humanité, corps et esprit, intellect et émotionnel, santé physique et santé mentale.

D’ailleurs, si notre Ecole est une héritière de l’humanisme celui-ci ne se résume pas à des connaissances spécifiques. L’humanisme, c’est aussi une certaine conception de l’être humain dans son ensemble.

Cette vision parcourt de nombreux écrits de la Renaissance. Montaigne et Rabelais évoquent l’importance d’une formation qui soit aussi celle du corps. Cet héritage doit nous guider et nous inspirer aujourd’hui encore.

Cela passe, dans notre école, par une ouverture, par de la transversalité entre les différents acteurs, au sein de l’Ecole, mais aussi en dehors.

Et de le faire en partant de toujours de cette réalité du terrain, celle des besoins de nos élèves.

Vous savez, nous faisons beaucoup pour développer, notamment au sein du parcours citoyen, la pratique du débat.

Et un débat nécessite toujours, pour être véritablement intéressant, une écoute active.

Eh bien, cette écoute que nous souhaitons faire acquérir à nos élèves, nous devons également la développer, en tant qu’institution, à leur égard : parce que l’épanouissement des élèves, ce n’est pas une formule magique qui opérerait sur le champ.

Une conviction guide mes actions, et ces actions, naturellement, passent par des partenariats solides, et l’instauration d’une véritable complémentarité entre l’Ecole, les familles, le monde de la santé et des lieux comme les maisons des adolescents.

Sur l’adolescence, donc, beaucoup a été écrit. Et il y a encore beaucoup à en dire, le docteur Serge HEFEZ va d’ailleurs avoir l’occasion de nous éclairer sur ce sujet dans un instant.

Certaines phrases, comme celles de Truffaut, mettent en évidence les moments parfois douloureux qui peuvent être vécus à cette époque de la vie. Mais nous devons aussi avoir en mémoire cette phrase de Proust, dans A l’ombre des jeunes filles en fleur, sur laquelle je conclurai mon propos : « L’adolescence est le seul temps où l’on ait appris quelque chose. »

C’est bien la preuve qu’il existe, entre le temps de l’adolescence, et la mission qui est celle de l’Ecole, un lien qui n’avait pas échappé à la lucidité de Proust, et qui doit toujours être présent dans nos esprits, mais aussi dans nos corps, dans nos actes, et dans nos gestes.

Je vous remercie".

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